C’est une catastrophe rare que les cultivateurs de la pomme de terre de Timbi Madina traversent pendant cette période de crise sanitaire. Une sous préfecture qui était réputée pour sa culture et vente de pommes de terre voit impuissament aujourd’hui ses produits pourrir sans pouvoir faire grand chose. Votre quotidien en ligne s’est intéressé à ces paysans qui vivent dans un désespoir total, causé par la pandémie de Coronavirus. Dans un entretien téléphonique, l’une des victimes nous a expliqué le désastre économique qui risque de se faire remarquer dans tout le pays. Avec lui, nous avons abordé les difficultés auxquelles ils font face. 
Bonsoir monsieur, présentez vous à nos lecteurs!
Bonsoir à Vous! Je suis Alseyni Diallo, cultivateur, basé à Timbi Madina.
Expliquez nous ce qui se passe aujourd’hui à Timbi Madina en ce qui concerne la récolte et la vente de la pomme de terre. 

Nous sommes au moment des récoltes. Cette récolte est finie en grande partie, même si une partie reste encore mais la plus grande quantité est déjà récoltée. Alors le problème qui se pose ici, c’est le problème de stockage des pommes de terre. Parce que les plateformes de stockage sont remplies. Le transport de la pomme de terre vers Conakry ne se fait plus. Moi personnellement ça fait un mois depuis que j’ai fait ma récolte et c’est maintenant que mon produit a pu sortir de Timbi Madina. Et ça aussi c’est un crédit. J’ai pas eu d’acheteurs. Jusqu’à présent ça n’a pas été payé. Et dans ça, beaucoup de pommes de terre étaient déjà gâtées. Donc c’est le reste de ça que j’ai donné en crédit. Nous disons Dieu merci quand même comme on a pu récupérer au moins une petite quantité.  Mais en réalité, on a enregistré d’énormes pertes. Moi qui vous parle je ne suis pas un très grand cultivateur mais j’ai perdu environs 1000kg de pommes de terre.

1000kg de pommes de terre de perte. Et vous estimez que vous n’êtes qu’un petit cultivateur. Alors et les grands cultivateurs qui vous dépassent?
Il y’a d’autres qui ont beaucoup plus que moi. Ils sont en train de récolter et amener dans des petits magasins et utilisent des ventilateurs pour ceux qui en ont le courant. Comme les chambres froides sont déjà saturées.  Mais ces magasins aussi sont malheureusement tous pleins et il n’y a plus de places. On est obligés de garder les produits comme ça jusqu’à ce qu’on gagne un acheteur. Et puis tu viens trier. Tu lui vends ce qui n’est pas encore pourri. Il y’a d’autres ici qui ont perdu plusieurs tonnes de pommes de terre. Cela est dû au manque  d’acheteurs, qui ne viennent plus disons! Donc les produits continuent à pourrir. Actuellement c’est seulement deux camions qui quittent Timbi Madina dans la semaine pour Conakry. Pourtant avant 18 camions pouvaient sortir au minimum. Parfois même 20 camions remplis sortaient pour la capitale.
Et les autres marchés environnants? Labé, Pita ou Lelouma, ne vous permettent-ils pas de relais pour vendre en attendant que Conakry soit rouvert à Vous?
Certains marchés comme Labé viennent parfois acheter. Chaque fois, deux fois ou trois taxis quittent Labé pour venir acheter.  Mais cela est vraiment insignifiant sur le marché ici. Tant que nos produits ne sortent pas pour Conakry, ça ne nous arrange pas. Mais le marché de Conakry ne nous est plus ouvert, donc cela impacte considérablement sur nos produits. Ce que les marchés voisins ici achètent n’affectent presque pas la quantité.
D’autres vous accusent d’exporter les produits vers les pays voisins. Ce qui veut dire que vous privilégiez le Sénégal, le Mali au lieu de vendre aux guinéens à bons prix. Que repondez vous ?
On n’envoie pas nos produits à l’étranger. Avant on envoyait au Sénégal mais eux aussi ils font désormais la culture de la pomme de terre. Et le plus souvent, les périodes de récolte sont les mêmes . Et le Sénégal a d’ailleurs interdit l’importation de la pomme de terre. Donc, on ne peut plus envoyer. Et le Mali aussi produit maintenant.  Les maliens viennent même revendre leurs produits en Guinée. Actuellement, c’est seulement la Sierra Leone qui achètent nos produits. Et ça aussi c’est  lorsqu’on envoie les pommes de terre à  Conakry que les commerçants de la Sierra Leone viennent  s’approvisionner.
Cette crise joue t-elle sur les prix avec le peu de marchés que vous gagnez?
La crise a cassé tous les prix. On ne peut plus vendre comme les prix habituels. Maintenant nous vendons pour éviter de transformer nos maisons  en des poubelles. On se débarrasse pour ne pas que nos maisons deviennent des poubelles.  Moi il ya quelques jours j’ai vendu pour ne pas que ma maison devienne une poubelle. Sinon les prix actuels ne sont pas favorables pour nous. Car, nous dépensons beaucoup dans la production. Donc avec ces prix, on ne peut pas s’en sortir.
Que font les autorités de ce côté pour vous accompagner?
Les autorités n’ont envisagé aucune mesure. Mais la fédération paysanne du Foutah nous aide beaucoup. C’est elle qui nous aide à stocker nos produits dans les chambres froides. Mais ces chambres sont déjà pleines. Il ya des magasins relais, qui sont également pleins. Mais les autorités ne font rien pour éviter cette perte.
Un message aux autorités alors pour vous trouver une issue?
Nous demandons aux autorités de trouver des mesures pour que nous puissions consommer ce qui est cultivé chez nous. Si nous consommons ce qui est produit chez Nous, ça va soulager les populations à tous les niveaux. Pour le moment, on a aucune aide de la part des autorités. C’est seulement la fédération paysanne qui nous assiste. Alors les autorités doivent valoriser ce que nous sommes en train de faire.
Entretien réalisé par Siradio Kaalan Diallo 
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